Bref, on a traversé la Chine. En 30 jours, du Nord au Sud, quelques 7 000 kilomètres, accompagnés par sept autres familles de voyageurs, on a traversé la Chine.

Petit flash-back donc, oui, nous étions un convoi de huit véhicules, plus ou moins de loisirs, c’est-à-dire des camping-cars, des camions, des plus gros camions et même une maison en bois avec des roues en dessous. Parce que pour traverser la Chine avec son propre véhicule, il faut montrer patte blanche. Certaines mauvaises langues diraient qu’il faut montrer patte jaune, mais je n’en fais pas partie ! Car pour entrer en Chine, il faut avoir un permis et une plaque d’immatriculation chinois, et être suivi par un guide tout aussi chinois. Sinon Niet. Ou plutôt Bou (不).

Et pour avoir un permis, une plaque et un guide chinois, il faut passer par une agence chinoise. Et une agence chinoise ça coûte cher. Très cher. Même en Yuan. Et pour payer moins cher, il faut partager les frais. Parce que partager les frais, ça coûte moins cher. Même en Yuan. D’où, le convoi.

Alors nous avons commencé notre traversée de la chine, avec nos deux guides chinois. Nos deux guides chinois parlaient français, ce qui est quand même vachement pratique, parce que le  chinois, ce n’est pas très accessible comme langue. Je veux dire, de l’italien ou de l’espagnol, même quand on n’en a pas fait à l’école, on comprend quand même l’essentiel. Par exemple si un espagnol vous dit que vous êtes un « hijo de puta », vous avez saisi le fond de sa pensée. En chinois, pas vraiment. Surtout que les chinois sourient toujours, quoi qu’il arrive. Ils peuvent donc vous annoncer que vous venez de gagner au loto, ou bien que vous avez une maladie incurable, sans dictionnaire, pour vous ça ressemblera au même.

Mais au final quand on creuse un peu, la langue chinoise n’est pas si complexe que ça… C’est même très structuré.

Allez, petit cours de chinois :

  • Pour dire « Moi », on dit « Wo » (我)
  • Le verbe « être », se dit « Shi » (是)
  • Alors pour dire « Je suis », vous dites « Wo Shi » (我是)

Ils ne s’embêtent pas beaucoup avec la conjugaison. On continue :

  • Pour dire « Toi », on dit « Ni », et pour dire « Lui » ou « Elle », on dit « Ta » (On ne s’embête pas avec le genre !)
  • Donc pour dire « Tu es », on dit « Ni Shi », et pour dire « Il / Elle est », on dit « Ta Shi »

Simple, non ? On avance encore :

  • Nous savons dire « Moi », « Toi », « Lui / Elle »…
  • Et pour dire « Nous », « Vous », « Eux / Elles », il suffit de rajouter « Men » derrière…
  • Wo-Men… Ni-Men… Ta-Men…

Pourquoi, on n’y avait pas pensé plus tôt, nous, pauvres occidentaux ?
On continue avec les adjectifs possessifs :

  • La règle est encore une fois enfantine : on ajoute « deu », derrière…
  • « Wo deu » = Mon / « Women deu » = Notre / « Tamen deu » = Leur…

Allez, un dernier exemple de limpidité :

  • Pour dire « France », on dit « Faguo »
  • Pour dire « Français », on dit « Faguo Leun » (le peuple français)
  • Pour dire « Chine », on dit « Tsongo »
  • Donc pour dire « Chinois », on dit… ? … « Tsongo Leun », exact !

Voilà, vous savez parler chinois 😊
On peut refermer cette parenthèse.

Je disais donc : nous voilà partis, à 8 véhicules, 30 français (en comptant 4 suisses), 16 enfants et 2 guides chinois pour parcourir 7 000 km…

Un programme sacrément chargé, que nous avons effectué à une allure folle. Une allure qui a fini par nous faire exploser en route, mais j’y reviendrai plus tard.

Nous avons vu et visité mille merveilles en Chine. Et il nous faudrait encore mille ans pour toutes les voir, tant ce pays regorge de beautés.

Nous avons commencé tambour battant avec les grottes de YunGang, près de Datong. Des dizaines de grottes contenant des dizaines de milliers de statues de Bouddha… De quoi ne plus savoir où poser les yeux… Et les chinois savent vous en mettre plein les yeux… C’est le grand spectacle en permanence… Vous finissez la balade essoufflé, assis devant un Bouddha de 14 mètres de haut, qui regarde dans la même direction depuis plus de 1500 ans…

Un peu de repos le lendemain, pour se remettre de nos émotions ?
Bou, Bou… On va plutôt faire une petite visite… de La Muraille de Chine par exemple ?

Vous savez le truc dont vous entendez parler depuis tout petit… La 8ème merveille du monde, la seule construction humaine soi-disant visible depuis la Lune… (j’ai vérifié, c’est faux)

Et bien vous y voilà… Les pieds posés sur ses pavés… En plus pour bien alourdir votre bonheur, le soleil est couchant, et les touristes chinois sont tous partis… Alors vous démarrez l’ascension de ce serpent de pierre géant et immortel… Et quand je dis ascension, c’est ascension… Des montées à plus de 60 degrés… Des marches, et encore des marches… Puis des descentes qui sont aussi étourdissantes… Et vous continuez d’avancer, le cœur battant à tout rompre, le regard sur l’horizon quand vos pas vous le permettent… Vous vous demandez un peu où vous êtes…

Vous arrivez enfin à une fin de section, et vous vous asseyez encore, pour voir le soleil rougir entre les nuages et la pollution…

Alors oui, la pollution… Parlons-en. Parce qu’il y en a un peu en Chine. Disons qu’au-dessus de Pékin, il y a un gros nuage permanent… Une masse informe et grise, qui doit provoquer de sacrés cancers aux moineaux… Une chose est certaine : ça fait longtemps que les pékinois n’ont pas vu les étoiles… A part sur leur drapeau…

Il y a aussi le plastique… Quand vous achetez une boite de gâteaux, elle mesure 30 cm de large sur 50 de long… Et une fois que vous avez fini de dépiauter l’emballage, les emballages de groupes, les emballages individuels, les sous-emballage pour protéger de l’emballage… Il vous reste 4 cookies de 15 grammes…

C’est un peu l’arnaque, et beaucoup la merde.

Parce que tout ce plastique, on le sait bien, il finit tôt ou tard dans les océans… Et les poissons n’ont même plus les miettes à l’intérieur pour voir le bon côté des choses…

Mais quand même… Dans les rues, c’est propre. C’est même archi-propre. Il y a des balayeurs partout, tout le temps, qui ratissent, rassemblent, ramassent… Il y a même des poubelles de tris ! Bon, une fois on a vu un éboueur vider la poubelle verte et la poubelle marron dans la même benne… Donc c’est pas encore ça…

Oui, la Chine, question pollution, c’est flou.

Alors oui, on a visité Pékin, en deux jours. Facile pour une ville de 26 millions d’habitants. Il a fallu se contenter de l’essentiel. Et quel essentiel ! La Cité interdite… Ville dans la ville…
150 000 mètres Loi Carrez. 74 hectares, soit presque deux fois le Vatican… Plus de 980 bâtiments et 8700 salles… Une bagatelle. Chaque cour débouche sur une nouvelle, encore plus grande, encore plus époustouflante.

Et puis Le Palais d’été… Une splendeur de parc, en bordure de la ville, et du lac Kunming, la tranquillité retrouvée, l’ombre, la fraîcheur… Les ruelles anciennes, les pagodes surplombant les bateaux. Les chemins se perdant en forêt, les ponts, les canaux. On s’assoit encore, et on contemple, en mangeant un beignet épicé. (enfin un beignet quoi : tout est épicé en Chine)

Puis on a continué notre route, et notre rythme effréné. L’ancienne cité de Pyngyao, Xi’An, et l’armée de terre cuite, 9ème ou 10ème merveille du monde… 8000 soldats déterrés, debout face à vous et votre manque de superlatifs. Les pandas de Chengdu, tout aussi impassibles, assis dans leurs bambous, pendant que les enfants pleurent de joie. Et le parc de Zhangjiajie…

Ahhh… Le parc de Zhangjiajie (à vos souhaits), et le temps retrouvé.
Tout d’abord parce que c’était magnifique. Hors du commun. Vous ne connaissiez probablement pas le nom de ce parc naturel au nom imprononçable avant de l’avoir prononcé (ou pas). Mais en fait vous le connaissez un peu. Car c’est ici que James Cameron a eu l’inspiration pour son film Avatar, et ses montagnes flottantes (Hallelujah Mountains). Car le parc Zhangjiajié (à vos souhaits), c’est presque ça : des colonnes de pierres immenses et fines, comme suspendues aux nuages. Des arbres de toutes sortes plantés partout où ils trouvent la vie. Et vous, seul au milieu. Avec les singes aussi.

Et puis Zhangjiajie (A vos souhaits), c’était aussi le tournant de notre convoi de véhicules. Car jusqu’ici, non seulement le rythme était extrêmement intense (ce que nous savions, un peu, à l’avance), mais l’organisation était désastreuse… Chaque parking dans lequel nos guides nous amenaient était soit payant et extrêmement cher, soit ultra bétonné, soit très sale, soit impossible d’accès pour nos larges véhicules, soit fermé, soit dangereux, soit nous devions en partir avant la tombée de la nuit, parce qu’en fait le propriétaire n’était pas au courant, soit un mix de tout ça.

Ajoutons à cela des détours sur la route incompréhensibles, un manque de communication total, des annulations de visites au dernier moment… Et la compréhension finale que nous n’avions en fait aucune obligation de suivre nos guides sur la route…
Et POUF, le tournant fut pris (drôle de bruit pour un tournant, vous me direz).

Nous avons donc continué notre périple chinois, sans guides. A trois véhicules de voyageurs, mécontents à la base, mais tellement heureux par la suite. Tellement heureux de prendre enfin la pause. De respirer. De choisir leurs itinéraires. De partir quand ça leur chante. D’arrêter les réunions de 19h30, de 6h30, de 13h30, pour ne rien apprendre de plus que pour la réunion du lundi matin au bureau.

De s’arrêter ici, au bord de l’eau, à YangShuo. Beauté de ville, aux confluents des rivières Li et Yulong, entre les « pains de sucre », ces montagnes aux allures d’animaux fantastiques endormis sous des couvertures de verdure…

De faire un tour à vélo, avec sa famille. Piqueniquer, vadrouiller, acheter des légumes. Dorer au soleil, les pieds dans le courant. Sentir le vent sur son crâne chauve. Rester deux heures face au levant à regarder les buffles se baigner. Dire ses deux-trois phrases de chinois aux villageois, les laisser penser que vous êtes bilingue, jusqu’à avouer « Wo Tin Bou Dong » (j’entends, mais je ne comprends pas).

Déguster une paella au feu de bois avec ses nouveaux copains français et ses nouveaux copains chinois. Regarder sa femme improviser une chorégraphie avec les femmes du village sur une musique dance qui aurait fait fureur dans les années 90. Voir ses enfants courir entre les lignes, un sourire infini aux lèvres.

Espérer que ce moment ne s’arrête jamais.

Bref, la Chine.

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3 commentaires sur “Bref, la Chine

  1. Une sacrée aventure familiale! Belles photos et excellent commentaire. Je vous souhaite de continuer le voyage sans encombre.
    Amicalement.
    Maurice.

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