On gravit les marches menant au temple, au monastère, à la statue, tout en ayant dans le nez l’odeur des offrandes.

Que je vous dise…je suis sensible aux odeurs ! L’odeur des offrandes me pique le nez. Moi qui n’aime pas le lait, je suis servie. Une odeur de lait caillé, de lait fermenté, de lait en tous genres. La Russie avait une odeur de baie, la Mongolie, c’est tout autre. Ils remettent à leurs dieux, ce qu’ils lui demandent. Tu veux être riche, dépose alors au pied de l’Ovoo quelques billets, tu veux du lait, déposes en une bouteille, de la nourriture, de la vodka… D’où l’odeur flottante, vous l’aurez compris… Nous tournons aussi dans le sens des aiguilles du monde les moulins à prières : la prière ou le mantra inscrit est alors censé s’envoler et se répandre dans les airs. Les enfants prennent un malin plaisir à tous les tourner.

La barrière de la langue nous empêche certainement de mieux comprendre ces peuples nomades ou semi-nomades maintenant ; l’été dans les yourtes, l’hiver au village dans une baraque de fortune. Toujours avec les toilettes communales : un trou, deux planches de chaque côté pour y mettre les pieds, trois murs et pas de porte.

Ils brûlent leurs poubelles, quand celles-ci ne s’envolent pas. Ils sèment comme le petit Poucet des bouteilles vides, le plus souvent de vodka.

Nous sommes des extra-terrestres au milieu de cette steppe, alors ils viennent voir, entrent, touchent, nous regardent longuement, on essaie d’échanger trois mots. Pas facile. Ils ne sourient pas non plus. Une fois, ils ont pris nos enfants en photo avec les leurs, j’y ai eu le droit moi aussi, sans formalité.

Les pistes sont éprouvantes et nous tiennent en otage, nous qui voulions explorer, aller voir curieusement et furieusement derrière la colline. Cette Mongolie est frustrante, sans doute le prix à payer pour que le monde ne vienne dévaster toute cette nature, cet oxygène. Ne nous plaignons pas, c’est celle-là que nous voulions, préservée et apaisante, vide.

Les légumes se font rares ; difficile de cultiver quand on est nomade. Nous mangeons simplement, beaucoup de pâtes. Par contre, comme nos amis russes, ils ont des rayons entiers de bonbons et chocolats. Nous trouvons l’eau, c’est l’essentiel. Nous payons tout au prix « touriste », la nourriture, les péages, l’entrée des monastères.

Les animaux ont la belle vie, c’est une première pour moi que de voir les chevaux vivre en liberté sans clôture, ni barrière et sans hommes prêts à payer pour les monter. Les vaches, les chèvres, les moutons, les yaks, les chameaux se côtoient. Au ciel, les aigles veillent. Ils semblent nous attendre à la frontière et ne nous quittent plus. Majestueux. On assiste bouche-bée à leurs hautes-voltiges.

L’est de la Mongolie est beaucoup plus touristique, les yourtes deviennent des guest-houses. Les bus se succèdent sur la route. On paie des guides pour descendre dans le Gobi en vans russes.

Les mongols n’ont qu’une voiture ou presque. Ils roulent tous en Toyota Prius, marque japonaise. Ils roulent vite, passent sur les trous d’obus, montent les cols et traversent les gués ou pas des fois. Ils ont tous, sans exception, les vitres teintées. Je ne comprends pas encore pourquoi. Ils sont des dizaines dans la voiture, la moitié devant et l’autre à l’arrière.

A travers ces paysages, nos enfants font l’école, oui, ils décident souvent ce qu’ils veulent travailler. Peu importe, tant qu’ils essaient. Nina se noie dans la lecture pour mon plus grand plaisir. Elle lit ce qu’elle trouve, je trouve ça formidable. D’ailleurs, pour elle, l’école semble facile. Elle écrit ce qu’elle imagine, elle calcule. Roméo avale les maths. De toutes manières depuis qu’on est partis, on a droit à mille questions par jour. Ils rentreront forcément plus grands, plus mûrs. De grands aventuriers, c’est certain.

On croise des touristes, seuls ou pas, en 4×4, ou à vélo. José, l’espagnol à vélo, nous témoigne toute son admiration, on ne comprend pas… Malgré les routes difficiles, nous ne pédalons pas, nous n’avons aucun effort à fournir pour avancer hormis celui de serrer des fesses pour que le camping-car passe ! J’aime ces rencontres, on pourrait discuter des heures et des heures en refaisant le monde ou le découvrant à nouveau. Nous rencontrons aussi au goutte à goutte ces voyageurs français avec lesquels nous allons traverser la Chine. On boit toutes leurs paroles, eux qui sont déjà partis depuis quelques mois, ou quelques années.

Voir le monde dans leurs yeux amplifie ma soif de globe.

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