Se réveiller chaque matin avec leurs petites voix toutes endormies, comme emmitouflées… Euh non ça ne se passe pas comme ça chez nous.

Dans le van, ils dorment juste au-dessus de nous, il n’y a pas d’échelle facilitant la descente. Calés sur nos oreillers, on aperçoit une jambe dans le vide cherchant appui sur quoique ce soit, bien souvent, nos orteils, nos chevilles, et s’en suit une avalanche de questions toujours bienveillantes : vous avez bien dormi, vous avez rêvé de quoi, quand est-ce qu’on déjeune… tout ça avec une voix qui semble s’adresser à tous les campeurs alentours.
Mais ensuite vient mon moment préféré, il arrive à se frayer un passage entre nos corps pour y coller le sien tout petit et tout chaud encore et je peux alors humer sans fin l’odeur de petit chat de son petit cou. Mes mains se perdent dans ses cheveux qu’il ne veut plus couper pour mon plus grand bonheur. Avec lui, la faim est plus grande, la durée de ce moment de douceur dépend donc de son estomac.

Elle, plus discrète, descend sans bruit, souvent bien après lui. Les cheveux ébouriffés dans ses yeux collés, elle vient prendre place la plupart du temps dans mon dos, tirant la couette jusqu’à elle. Elle se love profitant de la chaleur de nos corps. Je couvre ses joues rondes de baisers les plus doux dont je suis capable, et l’extirpe de sa semi-conscience le plus délicatement possible, histoire qu’on puisse passer une bonne journée.

Nous quatre, profitant de notre lit douillet tous les matins, prenant le temps de s’embrasser, de se coller.
J’ai pris la meilleure décision de toute ma vie.

– Devant « m », « b », « p », on met un « m ».
Il se fond alors sur la banquette, comme si son cerveau s’enflammait, rendant son corps aussi mou que de la cire chaude. Son regard scanne tous les recoins du van, cherchant la moindre faille où il pourrait s’enfuir. Il peut aller vite en maths, beaucoup moins quand il s’agit d’écrire. L’effort est incommensurable. Le moindre doute et la moindre erreur sont le départ d’une longue litanie abrutissante. « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage », malheureusement, pour lui, pour moi, je n’ai pas la patience de La Fontaine, mais je m’y efforce.

« Mon stylo, je dois le tenir comme ça ou comme ça ? » et s’en suivent, comme par magie, pleurs et souffles plaintifs. Ou comment saboter son travail, son humeur. Telle est sa devise, je crois. Pas de difficultés particulières sinon celle de la non envie. Elle use et abuse de toutes sortes de stratagèmes, quitte à se montrer vive et tranchante. Le démon sort de ses entrailles et nous hurle son mal être. « A quoi ça sert ?! » Elle a fait de moi une mère, chaque jour, j’apprends et lui tends ma main pour qu’elle ne prenne pas les mêmes chemins. La colère qui grignote ne doit pas prendre le pas.

Nous quatre, savourant chaque moment auprès d’eux, les plus doux comme les plus difficiles. Je mesure toute la chance que j’ai de pouvoir les vivre au jour le jour avec eux. J’ai pris la meilleure décision de toute ma vie.

10 et 7 ans, ils peuvent encore jouer ensemble, pour combien de temps ? Ils prennent soin l’un de l’autre, chacun à sa façon. Elle a toujours un œil sur lui, sait toujours précisément où il se trouve. Elle le câline mais préfère le faire discrètement, loin de nos regards. Par pudeur sans aucun doute. Il aime caresser ses longs cheveux, l’embrasser et se laisser embrasser. Ils se chamaillent mais leurs mains se serrent la nuit pour éloigner loin d’eux tous les cauchemars possibles. Chaque soir, ils se chuchotent des tas de secrets, des tas d’histoires, des tas de vies.  A croire que leurs voix ne savent chuchoter qu’à ce moment là. J’aime alors rabattre la couverture, tel un bouclier, protégeant leur abri, sur cette douce enfance qu’ils vivent.

J’ai pris la meilleure décision de toute ma vie.

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