Faire les cartons. Tous les marquer, avec application. Chercher le scotch, celui qui ne colle pas. Remplir les garages, empiler d’abord proprement, puis comme on peut, puis avec rage.

Recevoir les visas in extremis, croire l’espace d’un instant que ce ne sont pas les nôtres. Imaginer la galère. Résilier les abonnements : EDF, internet, assurances, Pomme d’Api. Reboucher les trous. Dévisser les armoires. Remplacer les lumières.

Prendre des photos, là, là et puis là aussi. Cette cabane dans laquelle on a écrit tous nos noms, griffonnés tant de dessins. Ce jardin qu’on a fait grandir, ce mur aussi, à la force de nos bras, cette terrasse, penchée, mais qu’on aimait bien. Faire un dernier plongeon, exposant notre nudité aux seules vignes, au pire au vigneron, penser que cette liberté c’est la dernière fois, mais que la plus grande nous attend ailleurs. La dernière fois que ce bois nous chauffe les pieds, la dernière que cet arbre nous rit au nez, que cet écureuil saute par-dessus le volet.

Vendre la maison. Pleurer un peu. Courir beaucoup. Suer plus encore. Vérifier l’état de la canicule : 5°C de plus à l’extérieur qu’à l’intérieur d’un corps qui pourtant ne cesse de carburer.

Partir de chez nous pour emprunter d’autres chez nous, chez eux, le temps de longs au revoir. L’impression de faire du mal alors qu’on s’apprête au plus grand des biens. Essayer de ne pas y penser. Déguster un Brillât Savarin aux truffes, un Château-Virant du Luberon, du saucisson sec, vestiges d’une France qui sera bientôt derrière nous. Accepter les cadeaux, les mots… les maux. Faire comme d’habitude, comme la dernière fois, comme la prochaine, même si le calendrier pour la cocher n’est pas encore disponible à l’impression. Regarder nos enfants promettre les mêmes choses à d’autres enfants avec des mots d’enfants, à la fois tellement plus graves et légers.

Respirer, sous une tonnelle, enfin un peu de fraîcheur et une voix juvénile chantant du Vianney à faire pleurer. Retarder les étreintes pour faire comme si celles-ci ne viendraient jamais, comme si on pouvait faire « Pouncie ! » avant la cloche de la récré. Dire qu’on s’aime, si on y arrive, que tout ira bien, qu’on veillera sur elle, sur eux, sur soi. Qu’on s’apprête à vivre, même si oui, oui, on vivait déjà. Promettre qu’on reviendra. Essayer de ne pas croiser les doigts.

Ranger une énième fois. Vérifier qu’on n’a rien oublié. Au pire, c’est pas loin… Attendre un dernier colis qui n’arrivera pas à temps. Remplir les réservoirs pendant que l’eau n’est pas encore rare. Laisser faire la grasse mat. Serrer fort et allumer le contact.

Ouvrir la fenêtre. Lever haut la main. Klaxonner, peut-être, ne pas déranger les voisins. Arrêter de se retourner. Penser à demain.

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