Ok, je vous vois venir, vous vous dites : « Bonjour le titre racoleur », alors que pas du tout ! Ou, alors si peu… ce serait mal me connaître… Moi et l’ironie, ça fait deux. Jamais je n’oserais, à ça non, hein, oula !

Donc oui, cette question, je me la pose… Voyager : est-ce que c’est mal ?

Parce que lorsqu’on voyage à long terme, tôt ou tard, on croise des petites réflexions qui nous font penser que ce qu’on est en train de faire… c’est mal. Qu’on profite un peu trop, qu’on dépense un peu trop, qu’on n’est pas assez responsable. Qu’on ne pense pas assez à l’avenir…

Quand on voyage pendant deux semaines au mois d’août (semaines qu’on aura posées six mois à l’avance en calant bien ses RTT et l’accord de son patron) : ça passe encore. On revient pour la réunion du lundi matin avec quelques marques de bronzage et des photos sur son téléphone ; nos collègues nous envient un peu et/ou nous montrent les leurs (de photos ou de marques de bronzage, selon le degré d’intimité), et on enchaîne sur les objectifs financiers du prochain semestre dans la joie et la bonne humeur.

Mais quand on voyage pour plusieurs mois, voire plusieurs années… La donne se complique un peu.

Combien de voyageurs ont entendu à leurs retours : « Alors, finie la belle vie ?! » avec cet air ambigu donnant à lire entre les lignes : « Et ben ouais mon gars, retour à la case départ, comme tout le monde ! Tu croyais quoi ?! Que t’allais sortir du peloton ? »

Parce que oui, disons-le tout de suite pour gagner du temps (et le temps c’est de l’argent) : le but de la vie, c’est de travailler.

Inutile de débattre là-dessus, tout le monde le sait, nous venons au monde nus comme des vers, dans un but seulement et un but unique : travailler. Toute sa vie. Ou du moins jusqu’à ce que l’état ait décidé qu’on ait le droit de faire pouncie.

Toute sortie de route est un défaut dans l’engrenage, un bug dans la matrice, une goutte d’eau dans la fourmilière. 

Vous imaginez si tout le monde faisait pareil ?! Vous imaginez hein ?!

Si chacun de nous, à un moment de sa vie, plaquait tout pour utiliser son  argent et son temps à sortir de chez lui, de son pays, de sa langue, de son continent, pour rencontrer les autres et leurs réalités ?

Errerait sans but réel, à la recherche de l’inutile, du futile, de la rêverie, du paysage. Avec un peu de malchance, croiserait l’inconnu et sa culture, qui vous inviterait à entrer chez lui, à goûter ses saveurs, à partager ses soirs et ses matins. Vous imaginez hein ?!

Et nos enfants là-dedans, quel avenir leur serait réservé ?

Eux qui auraient quitté le système scolaire depuis si longtemps… Quitté les classes bondées et les programmes indiscutables.

Eux qui auraient entendu tant de langues étranges, jungles de phonèmes.

Eux qui auraient quitté les écrans pour redécouvrir les cailloux et les bâtons, les barrages dans les rivières, les cabanes de bambou, les jeux de rôle où on devient un moine bouddhiste, un nomade mongol, une paysanne dans les rizières…

Eux qui auraient (un peu) oublié les frites pour goûter les criquets et les scorpions grillés.

Eux qui auraient (un peu) quitté leurs chiens et leurs chats, pour croiser yaks, chameaux et pandas.

Eux qui auraient passé avec leurs parents, en une poignée d’années, autant de moments qu’on pourrait vivre en un siècle de vies « ordinaires ».

Eux qui auraient lié tant d’amitiés nouvelles, à l’aide d’un ballon ou d’une corde à sauter. Sans besoin de conjuguer le troisième groupe à l’imparfait du subjonctif. Sans besoin de Pythagore ni de Thalès pour compter les points sur un tableau de sable.

Que deviendraient-ils ces enfants après ces doux moments de rêves ? Comment survivraient-ils dans la pollution, le chômage, les crédits immobiliers et la fraude fiscal, après avoir vécu tant de lendemains qui chantent ?

Parmi d’autres enfants qui auraient vécu la même chose mais différemment, qui seraient revenus de leurs aventures à eux, avec tant d’idées nouvelles, piochées ici ou là, pour changer le monde et sa pollution, son chômage, ses crédits immobiliers et sa fraude fiscale…

Vous imaginez hein ? Vous imaginez ?!

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